Huiles essentielles diffusives : Quelles incidences sur la Qualité de l’Air Intérieur ?

L’utilisation des huiles essentielles est de plus en plus répandue. Elles ont de multiples usages dont la diffusion dans l’air pour des propriétés de bien-être et/ou de purification de l’air. Quelles incidences ont ces molécules dégagées sur notre santé ? La réponse à cette question, pourtant primordiale, reste encore incertaine.

 

Aujourd’hui, nous passons 80 à 90 % de notre temps dans des environnements clos. Dans le cadre de la RT2012, nous tendons à rendre nos bâtiments de plus en plus étanches par souci d’économie d’énergie. Cependant, il faut veiller à ce que cela n’ait pas d’impact sur la qualité de notre air intérieur.

 

C’est pourquoi nous nous sommes interrogés sur l’impact qu’aurait la diffusion d’huiles essentielles sur notre air intérieur.

 

Impact des huiles essentielles sur la Qualité de l’Air Intérieur (QAI)

Le domaine de la QAI est en plein essor puisque l’on commence à prendre conscience de son importance sur la santé et le bien-être. Cependant, l’impact des huiles essentielles sur la QAI reste encore peu étudié. Tout de même, on suspecte l’existence d’un effet sensibilisant (en favorisant par exemple l’apparition d’allergie) du fait des molécules émises par les huiles essentielles. On connait donc depuis des millénaires les biens-faits et les intérêts de l’utilisation de ces huiles mais les potentiels effets indésirables sur la qualité de l’air sont encore peu connus.

Qu’est-ce qu’une huile essentielle ?

Le terme « huile essentielle » n’est pas défini par la réglementation. L’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) définit l’huile essentielle comme étant un « produit odorant, généralement de composition complexe, obtenu à partir d’une matière première végétale botaniquement définie, soit par entraînement par la vapeur d’eau, soit par distillation sèche, ou par un procédé mécanique approprié sans chauffage. L’huile essentielle est le plus souvent séparée de la phase aqueuse par un procédé physique n’entraînant pas de changement significatif de sa composition. ».

 

Les utilisations des huiles d’essentielles

Les propriétés des huiles essentielles trouvent leur utilité autant pour les professionnels que pour les particuliers. Par exemple, les agriculteurs les utilisent à de nombreuses fins : en tant qu’insecticides mais aussi en substitution aux médicaments dans les élevages de porcs (santé animale). Les particuliers quant à eux les utilisent souvent dans un but curatif comme pour purifier l’air.

 

Composition chimique des huiles essentielles

Les huiles essentielles sont constituées de nombreux Composés Organiques Volatils (COV). On retrouve différentes classes de molécules : des aldéhydes, terpènes, esters, phénols, cétones, acides par exemple.

 

Impact potentiel sur la QAI : potentiel allergisant

En air intérieur, à une certaine concentration, ces familles de molécules qui composent les huiles essentielles peuvent devenir des polluants.

Nous savons que la qualité de l’air intérieur a un impact sur notre santé. Lors de la diffusion d’huiles essentielles il a été constaté une formation d’aérosols organiques secondaires (AOS) et de formaldéhyde. Les AOS sont des molécules formées lors d’une réaction entre un agent oxydant (comme l’ozone présent naturellement dans l’air intérieur) et des COV (émis par la diffusion des huiles essentielles).

 

Le contact de certaines huiles essentielles avec l’air peut par conséquent provoquer la formation de produits (AOS, formaldéhyde et autres composés) allergisants. Si on ne renouvelle pas suffisamment l’air il y a une accumulation de ces molécules. Le formaldéhyde est mesuré de manière réglementée dans certains établissements recevant du public depuis le 1er janvier 2018.

L’air intérieur contient déjà des composés qui réagissent avec ceux émis par les huiles essentielles reste méconnus. L’effet cocktail que cela pourrait provoquer est, selon nous, important à étudier.

La Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) conseille d’utiliser les huiles essentielles avec précaution.

En effet, il sensibilise quant à l’effet potentiellement allergisant et photosensibilisant lié à leur usage. L’Union européenne classe certaines d’entre elles comme substances dangereuses.

Réglementation

La réglementation des huiles essentielles est complexe. En effet, il n’y a pas de réglementation générale pour ces dernières.

Selon l’usage fait de l’huile essentielle, il faudra se référer à une réglementation spécifique même s’il s’agit d’une unique et même substance.


Les huiles essentielles depuis des millénaires

utilisation huiles essentiels depuis egypteL’utilisation des huiles essentielles a traversé l’histoire et les civilisations. Elles sont reconnues pour leurs propriétés thérapeutiques depuis des millénaires. La première utilisation avérée d’huile essentielle remonte à quelques millénaires en Egypte. Elles étaient utilisées par les égyptiens lors de cérémonie et de rituels dans les temples et les pyramides. Des parchemins datant de -1500 ans retrouvés faisaient références aux biens-faits de remèdes à base de plantes (Papyrus Ebers). En Europe, l’aromathérapie comme on la connait actuellement a été révélée par R.M. Gattefossé en 1937. Ce chimiste a constaté les biens-faits thérapeutiques sur lui-même avant de les étudier plus précisément. Il a par la suite donné le nom « aromathérapie » à cette science.

 

Comment bien choisir les huiles essentielles que l’on utilise et comment éviter une pollution importante de notre air intérieur ?

La qualité des huiles essentielles dépend de plusieurs facteurs : condition de culture de la plante et condition de récupération de l’huile essentielle (type d’extraction). Selon l’usage et les propriétés de l’huile que l’on désire, il est donc important de se renseigner sur ces paramètres.

 

Par ailleurs, il est important de lire ce qui est inscrit sur l’huile essentielle que l’on achète :

  • « 100% naturelle » : Moins de 30 % de composant ajouté
  • « 100% pure » : Aucun autre composant ajouté
  • Se renseigner sur la partie de la plante dont a été extraite l’huile

 

Il faut veiller à avoir un renouvellement de l’air suffisant pour éviter l’accumulation de polluants


Conclusion

Il est certain que les huiles essentielles ont des propriétés utiles et des bienfaits. Cependant elles peuvent également induire des conséquences indésirables sur la qualité de l’air intérieur comme la formation de polluants secondaires (AOS). Or, ces polluants secondaires sont parfois des allergisants.

Par ailleurs, l’effet purificateur des huiles essentielles ne dure que quelques minutes contrairement au temps de résidence des molécules émises qui restent dans notre air intérieur pendant un temps plus long. Cela dépend de l’aération de la pièce considérée. On peut donc s’interroger sur le réel bénéfice des huiles essentielles diffusives comparé à l’incidence sur notre air intérieur.

En conclusion, face à l’accroissement de l’utilisation des huiles essentielles, il est, selon nous, important de procéder à des études approfondies de l’incidence des huiles essentielles sur notre air intérieur.

Cela permettrait par la suite, de bâtir une réglementation efficace et pertinente afin d’encadrer l’emploi des huiles essentielles.