Mesure d’humidité par « bombe à carbure »

La décision de poser un revêtement sur une chape récente ne peut pas être prise à la légère, elle ne doit avoir lieu qu’avec l’assurance que le niveau requis de séchage du support et atteint. Dans le cas contraire les risques encourus sont multiples mais, en cas de sinistre, la responsabilité est quasi-systématiquement donnée au poseur car les règles de mise en œuvre sont bien connues et il est facile de vérifier si elles ont ou non été respectées. Lorsqu’il s’agit de la pose d’un parquet les enjeux sont d’autant plus grands que le matériau et la pose en sont onéreux, les dégâts engendrés pouvant quant à eux être spécialement impressionnants.

1. Sinistres occasionnés suite à une pose prématurée

Sous l’effet de l’humidité, l’effet typique est le tuilage des lames de parquet. On entend par « tuilage » la déformation courbe des lames.

Celles-ci gonflent sous l’effet de l’imprégnation de l’eau présente dans la chape, et puisqu’elles sont posées bord à bord, passent en contrainte. Les espaces périphériques des parquets flottants étant insuffisants pour tolérer de grandes variations dimensionnelles, l’excès de contrainte conduit invariablement au soulèvement.

Il en est de même pour les parquets collés.

Dans le cas où l’humidité résiduelle est importante, des micro-organismes tels que moisissures ou bactéries peuvent même se développer dans le milieu anaérobie humide enclavé entre la chape et le revêtement de sol, qu’il s’agisse d’un parquet ou d’un sol stratifié.

 

2. Critère de pose

La norme NF DTU 51.2 de mai 2009 relatif à la pose des parquets à coller définit les règles de pose suivantes :

L’humidité du support est déterminée soit à une profondeur de 4 cm mini : inférieure ou égal à 4,5 % en poids, soit à une profondeur de 2 cm : inférieure ou égal à 3 % en poids.

Les chapes mesurant fréquemment environ 4cm, c’est donc le second critère qui est le plus souvent appliqué en réalisant des sondages à partir de 2cm de profondeur.
La pose des parquets flottants est régie par la même règle que rappelle la Fédération Française du Bâtiment (FFB) sur « un dallage ou un plancher ne devant pas être susceptible d’exposer le parquet à des remontées ou infiltrations d’humidité », en faisant référence aux mêmes critères d’humidité maximale que pour les parquets à coller. La norme NF DTU 51.11 de décembre 2009 relative à la « Pose flottante des parquets contrecollés et revêtements de sol à placage bois » énonce les mêmes critères humidité/profondeur que la norme NF DTU 51.2. La mesure d’humidité par bombe à carbure y est définie comme la méthode exclusive à mettre en œuvre.

 

3. Méthodes de mesure de l’humidité des matériaux

De nombreux appareils ont la capacité de mesurer l’humidité dans les matériaux :

Les testeurs d’humidité par résistivité, dits « testeurs à pics »

L’appareil mesure la résistivité du matériau entre ses pointes. L’eau étant conductrice, sa présence influencera la valeur du courant passant entre ses pointes. Le courant mesuré sera ainsi d’autant plus élevé que la présence d’eau sera importante. Ces appareils sont particulièrement adaptés aux matériaux pénétrables tels le bois ou le plâtre, mais ils laissent des trous dans le matériau après mesure donc ils ne sont pas considérés comme non-destructifs et ne sont pas adaptés aux matériaux durs et impénétrables.

 

 

Les testeurs d’humidité à diélectrique non destructif, dits « testeurs à boule »

Ils permettent de mesurer l’humidité dans les matériaux de construction de façon non destructive jusqu’à 4 cm de profondeur. Leur sensibilité à la composition du matériau et en particulier à la présence de ferraillages (rails des plaques de plâtre, armatures des bétons, …) invite à la prudence. Les valeurs qu’ils affichent ne prétendent pas correspondre à une réalité opposable, toutefois leur utilisation est très intuitive et ils permettent d’obtenir une indication rapide sur la siccité des matériaux. Leur principe de fonctionnement est basé sur la conductivité du matériau testé.

 

 

Les testeurs d’humidité à micro-ondes

La technique des micro-ondes est elle aussi non-destructive. Elle permet de détecter la présence d’eau jusqu’à 30 cm de profondeur et fournit des résultats indépendants du taux de salinité (salpêtre) des matériaux. Elle consiste à échauffer le matériau, ce qui a pour effet d’agiter les molécules d’eau présentes. La valeur mesurée traduit l’importance de cette agitation et donc de la présence d’eau. Là encore les valeurs sont indicatives mais ne sont pas absolues.

 

 

Le test dit « à la bombe à carbure »

Ce test est basé sur la mesure fine de production d’un gaz dont la quantité est stœchiométriquement corrélée à la présence de molécules d’eau. Cette approche chimique est un gage d’exactitude de la mesure. Il correspond donc naturellement à la seule méthode officiellement reconnue, il fait notamment référence lors des expertises judiciaires.

 

 

1. Pesée précise de l’échantillon (ici 20g) permettant de respecter le mélange stœchiométrique prévu dans les abaques de l’appareil :

2.En fin de mesure, la finesse du concassage témoigne de l’efficacité de l’agitation de la chambre en début de réaction et de l’homogénéité du mélange :

3.La pression atteinte est consignée …

4… et convertie en pourcentage d’humidité à l’aide de l’abaque de l’enceinte calibrée :

3. Cartographie des lieux sinistrants

Le jumelage des techniques de mesure d’humidité permet d’envisager de réaliser des cartographies de siccité des chapes. Celles-ci sont certes des extrapolations, donc doivent être considérées avec prudence, mais elles permettent de disposer d’un point de vue sur la répartition d’humidité résiduelle dans la chape. Selon la classification des zones, l’étude des moyens à mettre en œuvre pour accélérer l’assèchement est facilitée. Cette connaissance permet au maître d’ouvrage, au maître d’œuvre éventuel ou aux sociétés intervenantes concernées de maîtriser leurs chantiers d’un point de vue planning ou en terme de gestion du risque en second œuvre.